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Il est 14h. Dans la salle du CRDP, une majorité de français d’origine Comorienne. Nassurdine Haidari adjoint au maire des 1/7 et vice président du CRAN, ne s’attendait à un tel succès d’affluence, il en est tout ému. Après avoir installé les derniers spectateurs, le documentaire d’Alain Tenembum peuvent être projetés. 52 minutes plus tard, la salle applaudie.
La première réaction est celle de Jean Kéhayan, Président d’honneur du Club de la Presse et aussi animateur du débat. « Dans une période nauséabonde où l’on parle d’identité nationale, c’est une bonne leçon à Eric Besson. Voilà, une communauté d’une très grande discrétion. De ce film, il en ressort une grande dignité [...] mais aussi une certaine réalité : « Marseille est le reflet d’une société d’apartheid, c’est une réalité. Avec d’un côté la cité du Plan d’Aou, la cité Kallisté etc... ». Le maire du premier secteur, Patrick Menucci est aussi allé dans ce sens, regrettant le manque de mixité sociale à Marseille. « La vie est difficile dans cette ville, 28% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté » et dénonçant au passage, le clientélisme, « un clientélisme pour les pauvres qu’il faut éliminer car c’est ce qui tue cette ville » a-t-il souligné.
Comment rendre cette communauté visible ? La politique ?
Les interventions se sont ensuite focalisées sur un point bien particulier. La représentativité des Comoriens en politique. A Marseille, Nassurdine Haidari, reste l’un des rares français d’origine comorienne à s’être engagé en politique. D’ailleurs, bon nombre de citoyens le soutienne et appelle la jeunesse d’origine comorienne à suivre ses traces. « J’espère qu’on aura un maire Comorien au prochain mandat » a même lancé Farid Soihili.
De son côté, Vincent Geisser, chercheur au CNRS et ami de Nassurdine Haïdari, a félicité, le réalisateur pour son film, qui « a un côté réaliste. Cela manquait dans nos télévisions » a-t-il souligné. Mais il a tenu à mettre en évidence certaines observations. « Les Comoriens sont des Marseillais. A Marseille, ils sont invisibles et deviennent visibles que quand il y a un drame sinon il n’intéresse pas grand monde » s’est-il indigné. « Ils sont victimes d’exclusion sociale, du racisme. On dit qu’ils sont trop gentils ou qu’ils savent trop bien faire la cuisine mais ils doivent apprendre à faire peur pour être pris en considération. Et ce n’est pas aux hommes politiques de dire aux Comoriens : je vous prends sur ma liste ». Ce dernier fait même le pari que dans 15 ans, Marseille aura un maire d’origine comorienne. La salle applaudie.
Zilé Soihili, directeur de l’industrie et de l’innovation à la Chambre de Commerce et d’Industrie Marseille Provence (CCIMP), que l’on a eu l’occasion de voir dans le documentaire, a ainsi interpellé la communauté comorienne de Marseille. « Il y a 10 à 80 000 comoriens dans cette ville. Comment faire pour que ce poids pèse favorablement au bénéfice de la communauté ? » a-t-il questionné. Investir le champ politique serait un moyen de peser davantage. D’autres pensent que le problème vient du seul fait qu’il n’y ait pas assez de contact entre les membres de la communauté.
Le débat portait également sur la question des coutumes et de traditions comoriennes. Sont-elles un handicap à l’intégration de la communauté ? Les avis divergent mais tous s’accordent à dire qu’il faut impérativement s’investir davantage. « On dort » s’exclame l’un d’eux. Pourquoi les autres ont réussi à s’intégrer dans la société française et nous non ? Avant le « grand mariage » (une coutume), il faut d’abord les faire travailler ».
Côté emploi, Michèle Trégan, qui oeuvre depuis longtemps sur cette thématique à la région a tenu à saluer les initiatives d’insertion par l’économique vues dans le Film : "Des opérateurs qu’elle connait bien". Cela n’a pas empêché certains jeunes marseillais d’origine comorienne d’exprimer leurs inquiétudes face aux discriminations à l’embauche.
Afin de valorisé l’exemplarité, un jeune marseillais a proposé à ce que soit créée « une structure vitrine » qui permettrait aux jeunes comoriens de s’identifier à des personnes comme vous » lance –t-il s’adressant à Zilé Soihili. « Comment cela se fait-il, qu’on est des talents qui ont réussi et qu’on ne les voit pas ? »
« Notre destin est dans nos mains. Je suis d’accord sur le fait que la réussite des aînés puissent servir d’exemple » insiste Zilé Soihili. De son côté, Nassurdine Haidari a assuré que dans trois mois environ, un rendez-vous « spécial jeunes » sera programmé pour que les marseillais d’origine comorienne viennent évoquer tous leurs problèmes et trouver une solution pour les résoudre mais surtout rendre « visibles » ces jeunes français d’origine comorienne qui ont des talents à faire valoir.
Tel est aussi l’objectif du CRAN fait savoir Patrick Lozès. « L’Objectif est de rendre visible ce qui n’est pas visibles. Il a fallu un drame pour qu’on se rende compte qu’il y a beaucoup de comoriens à Marseille. Ils sont là, mais on devrait les voir dans la politique, la culture etc... Ce que nous demandons, c’est l’égalité et moins de discrimination pour les français d’origine comorienne ou noir. Ce mouvement commence aujourd’hui et nous pouvons être fiers » a-t-il résumé.
Certains membres du public ont regretté le fait que la question de la double identité n’ait pas été abordée de façon plus approfondie dans le documentaire. « La réalisateur n’a pas assez donné la parole aux jeunes comoriens » regrettera Djamila de Génération Palestine.
Mais il faut tout de même saluer l’initiative d’Alain Tenembum qui a souhaité « retranscrire les réalités d’une communauté à présent enraciné dans le paysage marseillais ».
Ce documentaire est en tout cas un premier pas vers une communauté comorienne trop souvent discrète, qui ne fait parler d’elle que lorsqu’elle subit des drames. En effet, en février 1995, Ali Ibrahim était assassiné par des colleurs d’affiche du front national, et le 30 juin 2009, la communauté comorienne était endeuillée par le crash de l’A310 de la YEMENIA.
Nassurdine Haïdari a tenu à féliciter la communauté comorienne qui a fait le déplacement en nombre et qui a « saisi cette occasion pour s’exprimer ». C’est aussi une façon d’aider « la communauté comorienne à s’enraciner socialement et lutter contre toutes ces formes de discrimination qui la touchent ». L’occasion de parler d’ouverture aux franco-comoriens sur... France 3 justement, car en local, la chaîne publique n’est pas vraiment à l’image de la population marseillaise, malgrès les directives de France télévision en faveur de la diversité. En effet, à la question d’Ahmed Nadjar (Med’in Marseille) : y a t-il sur France 3 méditerranée, hors femmes de ménage, des journalistes ou autres personnels Marseillais d’origine comorienne à l’antenne ou ailleurs ? aucune réponse. Sauf... celle murmurée par deux membres de la chaîne présents dans la salle : il n’y a personne, pas même un balayeur ! "Côté diversité comorienne, sur France 3, on peut toujours aller se faire voir" et c’est bien le cas avec ce documentaire : c’est la conclusion apportée par un jeune présent au débat... Et pour le voir ce beau film, rendez sur France 3 le 6 février prochain à 15h25. "Il faut faire péter l’audimat" a dit Jean Kehayan !
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