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Angela Lemius est arrivée en France en 1989, étant ressortissante d’un Etat de l’Union Européenne, elle n’a aujourd’hui plus besoin d’un titre de séjour qui laisse autant à désirer qu’il se fait désirer. Et pourtant sa demande semble soulever quelques barrières qui n’ont légalement pas lieu d’être. Il s’avère que l’avocate connaît d’autant mieux le sujet qu’elle croise de nombreux cas de sans papiers qui sont justement dans les petits papiers de la justice. Si la première liste de pièces à joindre au dossier lui paraissait légitime, le retour de son dossier avec une somme de pièces complémentaires l’a à la fois étonnée et heurtée. Parmi ces pièces : la preuve qu’elle réside assidûment depuis trois ans sur le territoire français, un justificatif prouvant que son époux réside sur le territoire, si oui une copie de son titre de séjour ainsi qu’une déclaration de non-polygamie.
Face à ces exigences que tout son entourage trouve rocambolesques, l’avocate française (de sol, de cœur, de mari, d’enfants, de langue, et de par tout ce qui ne se justifie pas mais est, de fait, chaque jour et d’instance) l’avocate donc, vit la situation de ceux que jusqu’ici elle défendait : « leur désarroi, l’humiliation et l’injustice qu’ils ressentent et que je pouvais seulement deviner encore il y a peu, j’éprouve tout ça pleinement moi-même aujourd’hui ». A la différence près, mais non négligeable, qu’Angela Lemius est européenne. Face à ce qu’elle juge absurde, elle a donc choisit de répondre par la dérision. A la liste demandée, elle ne joindra que l’attestation de sa présence sur le territoire français durant ces trois dernières années ainsi qu’une cinquantaine de lettres de personnes qui la côtoient au quotidien dans sa vie d’avocate, de femme, de mère ou tout simplement de citoyenne. Des lectures de premiers choix qui respirent la dissidence, l’humour ou la poésie, le bon sens et l’évidence.
Reste que l’avocate a de plus en plus l‘impression de sentir peser un climat de chasse aux sorcières : « le débat sur l’identité nationale est dangereux, est-ce que ça veut dire qu’aujourd’hui en France, on cherche les vrais français comme avant dans mon pays, on cherchait les vrais ariens ? », et de relater cette anecdote où elle s’est surprise à penser, suite à cette affaire et alors qu’elle achetait un tee-shirt de la journée nationale sans immigrés, qu’elle « comprenait la radicalisation » d’une frange de la population.
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