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Une Histoire, Cent Mémoires
Après avoir été pendant prés de 16 ans le meneur du groupe « Gnawa Diffusion », le chanteur grenoblois, né à Alger en 1972 et installé en France depuis 1988, multiplie les concerts à travers le monde traversant ainsi l’Angleterre, Montréal et la France pour présenter son premier album solo teinté de rythmes stimulants et mélancoliques et où les émotions transportent l’auditeur dans un ouragan d’accents riches en sonorités orientales modernes et traditionnelles. Sans oublier la force des mots employés qui donnent aux textes une grande portée pour faire passer les messages qui tiennent à cœur au chanteur.
Toujours en lien avec son pays natal, l’Algérie, Amazigh Kateb avait choisi une date symbolique pour la sortie de son album : le 17 octobre 2009, une date qui rappelle en effet le Massacre du 17 octobre 1961 au cours duquel la répression avait interdit une manifestation organisée par le Front de Libération Nationale Algérien (FLN) qui protestait contre le couvre-feu qui était imposé aux travailleurs algériens à Paris. Nombre d’entre eux sont morts lors de la confrontation avec les forces de l’ordre alors dirigées par le préfet de police Maurice Papon. Certains d’entre eux ont même été jetés dans la Seine. Un devoir de mémoire qui a poussé le chanteur à choisir cette date. Comme un hommage à ces ouvriers Algériens qui ont « participé au combat pour l’indépendance de l’Algérie ».
Un retour aux racines
Puis, aussi, ce n’est pas un hasard si l’album est sorti quelques jours avant l’anniversaire des 20 ans du décès - (28 octobre 1989) - de son père qui a laissé un fils de 16 ans dérouté après une adolescence marquée par l’exil et le déracinement. En effet, l’artiste garde en lui son Algérie natale, profondément ancrée dans son esprit et sa mémoire et revient aujourd’hui avec plus de maturité pour évoquer ses racines. Il a ainsi choisi d’adapter en musique les poèmes écrits par son père, s’appropriant ainsi un héritage qui lui permet d’exorciser l’absence de ce dernier comme pour combler « un besoin de mémoire ». Il revient donc aux sources en choisissant d’adapter en musique « Bonjour » et « l’Africain », une façon pour lui de se réapproprier le père qui a été très souvent accaparé par la vie publique.
L’album s’ouvre ainsi avec le morceau « Bonjour » sur un fond de musique chaabi : « Bonjour ma vie/ et vous mes désespoirs/ Me revoici aux fossés/où naquit ma misère/, Voici le coin de boue / Où dormait mon front fier/ Voici ma vie à moi/ Rassemblée en poussière »... Un poème qui transcende les mots et qui donne le ton de l’album.
Très engagé le fils de l’écrivain Kateb Yacine (1929-1989), rappelle également l’importance de résister aux clichés et dénonce les désastres économiques et sociaux que vit l’Algérie d’aujourd’hui ainsi que les impérialismes tout en évoquant, - dans le dernier des 12 titres de l’album- « Ma Tribu », ces « ombres du passé qui ne veulent pas disparaître/Une Algérie se meurt dans une autre en train de naître ». Dans « Koma », il décrit, en arabe, les ravages que produit l’enfermement sur les jeunes Algériens qui fuient le chômage et la déprime dans leur pays à travers l’alcool. Dans cet album autoproduit, le chanteur laisse ainsi plus de place aux textes se donnant ainsi les moyens de défendre la dignité et l’identité des Algériens dont l’histoire a souvent été malmenée.
Esprit métissé des années gnawa, rythme éthno-reggae et instruments traditionnels
D’autres titres entraînent à danser aux rythmes des musiques gnawas et africaines menées par le son du guembri, une guitare saharienne à trois cordes. La musique Gnawa est une musique noire africaine qui a été exportée vers le centre du sahara et au Maroc où elle a été mélangée aux rythmes locaux d’influence berbère ou turque. Mais Amazigh fait également appel à une « grande variété de sonorités ethniques » : le reggae, le hip-hop, le rock, le chaabi ou le raï, pour exprimer ses identités « multiples ». Comme le fit son père en son temps lorsqu’il défendit l’identité berbère en Algérie, tout en écrivant en français, une langue qu’il considérait comme un « butin de guerre ».
Amazigh Kateb sera donc présent le 27 février prochain à Venelles invitée par « Comparses et sons », une association qui se propose de faire découvrir des artistes d’envergure locale et nationale, qu’elle juge exceptionnels dans leur démarche. L’association a aussi un engagement social puisqu’elle propose des concerts à tarifs réduits « pour offrir au plus grand nombre un accès privilégié à la culture musicale de notre temps ».
C’est le concert du mois à ne pas manquer. Sera également à l’affiche ce soir là, le Folk Rock Saharien de Temenik electrik, une création France/ Algérie.
Le concert aura lieu à la Salle des Fêtes de Venelles à 20h30, le 27 février 2010.
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