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Une Histoire, Cent Mémoires
En 1893, les marais salants d’Aigues Mortes emploient des centaines d’ouvriers pour la rude saison du sel, certains arrivent des Cévennes ou d’Ardèche, d’autres sont des immigrés italiens originaires pour la plupart du Piémont, de Ligurie ou de Toscane. C’est là, explique Gérard Noiriel, qu’ « en août 1893 a lieu le plus grand massacre d’immigrés de l’histoire contemporaine française. Ce massacre et celui de 1973, l’été rouge de Marseille, sont les deux évènements qui sont la hantise de notre mémoire collective ». Spécialiste de l’immigration et de la question nationale, Gérard Noiriel, vient de publier un ouvrage sur le massacre des Italiens à Aigues Mortes, il est revenu lors de cette table ronde sur le contexte social et politique qui a préfiguré cette haine.
D’après ce dernier, cette année là, sur fond de crise économique, de « rivalités masculines » et de capacités de rendement, des tensions sont montées entre ouvriers français et italiens. Mais le fait est, qu’en vertu d’un climat nationaliste favorable, celui du temps des colonies et de la construction de l’identité nationale, les ouvriers français accompagnent très vite leurs récriminations d’un discours xénophobe et patriotique, d’un rejet aveugle qui aboutiront au pogrom du 17 août 1893. Au bilan de cette tragédie, au moins 9 morts et une cinquante de blessés.
Toujours pour replacer l’événement dans son contexte, Isabelle Fellici, italianiste et chercheuse, est revenue sur les représentations culturelles et les stéréotypes en évoquant « la xénophobie ordinaire et les noms d’oiseaux en cours durant cette même période ». Enzo Barnaba, qui a également publié un ouvrage sur ce massacre, a présenté des pièces d’archives édifiantes, notamment une lettre adressée au maire d’Aigues Mortes et dans laquelle l’auteur dénonce son « crime de lèse patrie », la présence de « ces cochons d’italiens », tout en se disant prêt à employer la « dynamite ». D’après les archives également, on apprend que les hôpitaux de Marseille voyant arrivés les blessés ont déclaré qu’ils « n’avaient pas le droit de soigner des étrangers ». Autre fait, tout aussi impensable, il s’avère qu’à l’issu du procès tous les accusés, des responsables politiques, aux représentants de l’ordre en passant par les simples citoyens, ont été acquittés.
Une table ronde essentielle, qui a rendu publique une mémoire collective mais qui va plus loin, en interrogeant l’actualité française ou italienne, mais aussi le travail de repentance ou les ratonnades encore innomées.
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