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Barnaba, Fellici, Noiriel : salle comble pour « Exclusion et xénophobie »

Publié le 5 mars 2010
par Rachida Brahim
Inaugurée en octobre dernier, le « Temps des Italiens », la série de manifestations culturelles et scientifiques proposées par l’association Approches, Culture(s) et Territoires (ACT) se poursuit jusqu’en juin 2010 avec une programmation toujours plus clairvoyante. La table ronde « Exclusion et xénophobie », organisée mardi aux Archives départementales a rencontré un franc succès. Le romancier Enzo Barnaba, l’italianiste Isabelle Fellici et l’historien Gérard Noiriel sont revenus sur la tragédie xénophobe d’Aigues Mortes durant laquelle en août 1893 plusieurs immigrés italiens ont trouvé la mort. Une occasion unique pour l’assistance de voir se déconstruire les mécanismes du rejet et de l’injustice. Une occasion hors paire également de lire le présent à l’orée de ces évènements, plus d’un siècle plus tard alors que les immigrés sont ça et là encore décriés, plus ou moins subtilement, par de savants débats ou de calomnieuses affiches électorales.

En 1893, les marais salants d’Aigues Mortes emploient des centaines d’ouvriers pour la rude saison du sel, certains arrivent des Cévennes ou d’Ardèche, d’autres sont des immigrés italiens originaires pour la plupart du Piémont, de Ligurie ou de Toscane. C’est là, explique Gérard Noiriel, qu’ « en août 1893 a lieu le plus grand massacre d’immigrés de l’histoire contemporaine française. Ce massacre et celui de 1973, l’été rouge de Marseille, sont les deux évènements qui sont la hantise de notre mémoire collective ». Spécialiste de l’immigration et de la question nationale, Gérard Noiriel, vient de publier un ouvrage sur le massacre des Italiens à Aigues Mortes, il est revenu lors de cette table ronde sur le contexte social et politique qui a préfiguré cette haine.

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Gérard Noiriel, Isabelle Fellici, Stephane Mourlane (modérateur) et Enzo Barnaba

D’après ce dernier, cette année là, sur fond de crise économique, de « rivalités masculines » et de capacités de rendement, des tensions sont montées entre ouvriers français et italiens. Mais le fait est, qu’en vertu d’un climat nationaliste favorable, celui du temps des colonies et de la construction de l’identité nationale, les ouvriers français accompagnent très vite leurs récriminations d’un discours xénophobe et patriotique, d’un rejet aveugle qui aboutiront au pogrom du 17 août 1893. Au bilan de cette tragédie, au moins 9 morts et une cinquante de blessés.

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Toujours pour replacer l’événement dans son contexte, Isabelle Fellici, italianiste et chercheuse, est revenue sur les représentations culturelles et les stéréotypes en évoquant «  la xénophobie ordinaire et les noms d’oiseaux en cours durant cette même période ». Enzo Barnaba, qui a également publié un ouvrage sur ce massacre, a présenté des pièces d’archives édifiantes, notamment une lettre adressée au maire d’Aigues Mortes et dans laquelle l’auteur dénonce son « crime de lèse patrie », la présence de « ces cochons d’italiens », tout en se disant prêt à employer la « dynamite ». D’après les archives également, on apprend que les hôpitaux de Marseille voyant arrivés les blessés ont déclaré qu’ils « n’avaient pas le droit de soigner des étrangers ». Autre fait, tout aussi impensable, il s’avère qu’à l’issu du procès tous les accusés, des responsables politiques, aux représentants de l’ordre en passant par les simples citoyens, ont été acquittés.

Une table ronde essentielle, qui a rendu publique une mémoire collective mais qui va plus loin, en interrogeant l’actualité française ou italienne, mais aussi le travail de repentance ou les ratonnades encore innomées.

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