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NIGER : « Retard terrible des soins »

Publié le 19 mars 2010
par Myriam Mounier
Jeudi 18 février 2010, le Niger connaissait un nouveau coup d’Etat, prévisible pour de nombreux observateurs de la politique africaine. Des flashs d’actualité en boucle transmettent la nouvelle du renversement du président de la République, Mamadou Tandja. Retour au calme, les putschistes maîtrisent rapidement la situation. Quelques jours plus tard, du 22 février au 13 mars, l’association marseillaise « Raoul Kanazi » réalisait une nouvelle mission humanitaire dans ce pays africain, en direction des villages de Dolbel et de Kanazi. Med’in Marseille était embarqué dans ce voyage. Nous reviendrons plus tard sur cet événement politique capital et ses répercussions qui semblent optimistes pour l’avenir du Niger. Les nouveaux dirigeants se disent très ouverts à la restauration de la démocratie. Le premier épisode de ce reportage est consacré aux dispensaires et à l’organisation de la Santé publique. Le Dr Françoise Gaunet-Escarras, Adjointe au maire déléguée à la Santé, l’Hygiène, Prévention des Risques Sanitaires chez l’adolescent de la Ville de Marseille faisait partie du groupe de 19 personnes de « Raoul Kanazi » -comprenant une jeune interne de l’hôpital de La Timone- en partance pour le Niger. L’élue marseillaise participait à cette aventure en qualité de médecin bénévole. Le Dr Gaunet-Escarras a donné quelque 370 consultations entre les dispensaires de Dolbel et Kanazi en une semaine ! Elle nous livre ses premières impressions.

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Le premier constat du Dr Gaunet-Escarras est « le retard terrible » dans les soins et la médecine locale, partout au Niger. Les actions humanitaires n’y échappent pas. « Mon opinion générale est l’aggravation de l’état de santé des gens par rapport à il y a vingt ans » nous dit la pédiatre. La dégradation de la santé générale des autochtones a vivement interpellé cette femme, qui a vécu un quart de siècle en Afrique, entre le Maroc et la Côte d’Ivoire.

Certes, on ne retrouve pas les grandes maladies des années 70 comme la lèpre, les septicémies brutales, d’autres infections graves. On ne rencontre plus de cas de Kwashiorkor, syndrome de malnutrition protéino-calorique sévère de la première enfance. En revanche, les enfants présentent beaucoup de carences minérales, dues à une alimentation déséquilibrée, sans atteindre toutefois le seuil de dénutrition.

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Paludisme : un programme existant efficace

Lors de ses permanences dans les dispensaires, Françoise Gaunet-Escarras a soupçonné des cas de paludisme de façon clinique mais «  le diagnostic est impossible, nous n’avions pas d’examens biologiques à disposition ». Les patients ont bénéficié de thérapeutiques, ne dépassant pas la quinine –faute de médicament approprié. Pourtant, la plupart des parasites sont résistants à la quinine. Toutefois, seulement une quinzaine de cas sur près de 400 consultations ont été suspectés, soit 4 %. Le paludisme n’a par conséquent pas dominé l’ensemble des pathologies diagnostiquées.

Cependant, se rassure le médecin, le Plan d’action mondial contre le paludisme a permis d’enregistrer des évolutions très satisfaisantes. Des programmes anti-palu au Niger sont appliqués avec l’exploitation de produits dérivés de l’artémisine. Son principe actif est extrait des feuilles de l’armoise annuelle (Artemisia annua). «  L’artémisine est un traitement efficace, et la plante est cultivable dans les pays chauds » précise le médecin. Les résultats sont probants au Niger. Le taux de décès a chuté de 2 500 en 2006 à environ 1 500 en 2007 grâce aux engagements du Plan d’action mondial contre le paludisme.

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Surtout des pathologies dites occidentales

Le médecin a essentiellement déterminé des pathologies courantes de la vie quotidienne, se rapprochant des pathologies occidentales. Le diabète, l’hypertension, des affections respiratoires (bronchite, pneumonie) ou dermatologiques (eczéma généralisé, diverses tumeurs de la peau), des problèmes cardiaques potentiels (insuffisance aortique, rhumatisme articulaire) et gastriques sont parmi les maladies prévalentes. En dermatologie, chez les enfants, on atteint un nombre dramatique de teigne du cuir chevelu. On constate également une sensibilité articulaire accrue de la population, provoquée probablement par un excès de travaux physiques. Le mal de dos est ainsi très présent.

Les problèmes dentaires –source de maladies graves- et oculaires sont aussi légion. Sur la seconde pathologie, des conjonctivites et énormément de cataractes ont été détectées. « On ne peut qu’opérer les cataractes » explique le médecin, mais dans les faits, des complications sont entraînées. Ainsi, « Kanazi (village d’intervention de l’association) pourtant à proximité de Niamey (capitale du Niger), les patients ne veulent ni ne peuvent se déplacer. Il règne chez eux un fatalisme qui doit être combattu » fait-elle observer.

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Approvisionnement insuffisant de médicaments

Cette dernière réflexion soulève la difficulté pour la population d’être soignée de façon spécifique lorsque le diagnostic est posé. Or, les médicaments sont insuffisants quantitativement et qualitativement, « la diversification est absente, et il manque beaucoup de classes de médicaments. Nous n’avons bien souvent que du paracétamol et des anti-inflammatoires ». Le principe de contribution n’est finalement pas assez efficace. Ainsi, les patients règlent une participation de 500 F CFA (moins d’1 €) pour leur consultation, alimentant les actions et achats de médicaments. Notons que dans le cadre de la visite de l’association, les indigents ont été soignés gratuitement.

Le matériel médical fait cruellement défaut. Le Dr Gaunet-Escarras donne pour exemple les pathologies gastriques sur lesquelles « le diagnostic est impossible à établir ». Elle est bien consciente que vraisemblablement « des parasitoses touchant le foie et l’intestin comme la douve (responsable de la distomatose ou de la fasciolose) et le taenia (maladie provoquée, taeniasis) » ont échappé à sa vigilance.

Pas de médecins dans les zones rurales

Autre préoccupation majeure sont les moyens humains. Les infirmiers, sur place toute l’année dans les dispensaires devraient être mieux contrôlés compte tenu d’un approvisionnement insuffisant en médicaments. L’organisation sanitaire reste faible malgré l’installation par « Raoul Kanazi » de deux infirmiers (un à Kanazi, un à Dolbel) et d’une sage-femme (dont la formation a été payée par l’association) dans ce dernier village. Néanmoins, on déplore toujours l’absence de praticiens dans les dispensaires. L’association tente justement de mettre en œuvre un projet de médecins de brousse.

Les moyens techniques sont pauvres également malgré la fourniture de huit ambulances pour le Niger par l’association, oeuvrant depuis une quinzaine d’années dans ce pays. Les transports d’urgence demeurent très précaires, mal assurés. Le Dr Gaunet-Escarras évoque le cas d’une adolescente de 13 ans à Dolbel, souffrant d’une péritonite, « l’ambulance l’a prise en charge à partir du 5e jour après la demande. Un exemple qui atteste du fatalisme général des gens » !

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Des efforts en prévention Santé Publique

En tant qu’adjointe à la Santé de la Ville de Marseille, elle ne peut s’empêcher d’aborder l’action de la Santé publique au Niger. En matière de prévention, il lui paraît incontestable que la Direction de la communication nationale en Santé fait un effort. Des panneaux d’affichage dans les villes sont visibles : des messages abordent le port de préservatifs pour le Sida, les précautions à prendre concernant le paludisme,…Elle insiste sur cet aspect positif de formation en santé de la population « cela ne coûte pas cher et peut sauver des vies ». Des initiatives locales sont à mettre en exergue. Quelques médias de taille très modeste s’emparent du sujet, ainsi Radio Dolbel intègre dans son programme, une émission quotidienne de sensibilisation à la Santé.

Somme toute, les disparités dans l’organisation territoriale des soins et de la Santé Publique bien que connues entre les pays occidentaux et l’Afrique noire ont choqué le médecin malgré son expérience ancienne. En tant qu’humain, on ne peut être que sensible à la misère ambiante, aux conditions de vie extrêmement difficiles. Non sans émotion, elle souhaite « bonne chance, bon courage aux Africains ».


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