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La laïcité reste un terme « flou » aussi bien pour les professionnels que pour les usagers
Le personnel des différents centres sociaux, le public ou encore les « spécialistes » de la question se sont attachés à savoir quelle est l’application du principe de laïcité à adopter dans les centres sociaux. Les données du sondage « tendraient à montrer que les difficultés liées à l’application de la laïcité ne représentent pas un problème quotidien de grande ampleur pour les personnes travaillant en centre social mais que des questions posées sur les pratiques par les personnels surviennent de temps en temps, suscitant des difficultés de gestion » souligne Shanti Kaiser. Ces difficultés de gestion pourraient s’expliquer par le fait que les usagers ainsi que les personnels ont une « vision partielle de ce qu’est vraiment la laïcité ». « Il n’y a pas de définition claire dans l’esprit des sondés qui ont beaucoup de mal a en donné une » poursuit-elle.
« Les personnes investissent la laïcité comme une valeur » or « la laïcité est un régime juridique »
Sur 101 personnes interrogées, 80 des personnes adhèrent au principe de laïcité établit par la loi de séparation des Eglises et de l’état, loi 1905, mais chacune d’entre elles a « une grande part d’interprétation personnelle » de cette loi. 58 personnes ont répondu la liberté de culte, 45 évoquent la neutralité de l’état en matière religieuse, 27 soutiennent que l’état doit permettre la liberté de culte, « mais personne n’a coché que la laïcité était un régime juridique » fait remarquer Shanti Kaiser qui explique cela par le fait que les personnes investissent la laïcité comme une valeur. Chose qui est tout à fait normal selon elle, puisque le statut de l’Union des Centres Sociaux des Bouches-du Rhône pose ce principe de laïcité en valeur mais « cette valeur de référence n’a pas de définition commune aux personnels des centres sociaux » regrette-elle. De son côté, Pierre Langeron, professeur des universités à la faculté de droit et à l’IEP d’Aix affirme qu’ « il y a autant de théorie de la laïcité qu’il y a d’auteurs ». La laïcité, qui est un concept « typiquement français », est impossible à définir. On peut avoir un regard de philosophe, de politique ou de croyants » explique-t-il. Ainsi, « chacun est persuadé de sa définition » souligne la directrice de l’ADEJ, ce qui tend à rendre la tâche très compliquée et notamment lorsque le personnel des centres sociaux doit gérer des situations particulières et notamment autour des pratiques religieuses.
« C’est une fausse interprétation de la loi que de dire que la religion est une affaire privée et intime. Que la religion s’exprime dans la rue c’est la base même de la liberté »
« L’Islam est-il devenu un sujet tabou ? Gérer les pratiques culturelles d’un public transforme-t-il une religion en problème ? » interroge Shanti Kaiser. D’après le sondage effectué, 1/4 des sondés indiquent rencontrer des difficultés avec la religion musulmane. Sur les 101 personnes interrogées, 47 personnes estiment avoir besoin d’information sur la laïcité car les professionnels des centres sociaux sont souvent confrontés à des questions concrètes pour lesquelles ils ne peuvent pas répondre. Ce qui aboutit parfois à faire des erreurs d’interprétations de ce concept. « Parfois, les centres sociaux ne respectent pas la laïcité. Par exemple, « le refus d’accueillir une femme entièrement voilée relève d’une pratique discriminante » souligne Shanti Kaiser qui met également en évidence « les interprétations erronées au niveau de la place laissée au culte dans ces espaces ». Si certaines personnes accentuent l’aspect de la liberté partout quels que soient les espaces, d’autres restreignent cette liberté en réservant tout ce qui relève du religieux à la sphère privée, or « chacun est libre d’exprimer son culte publiquement ». Pour ceux qui n’en seraient pas convaincu, Pierre Langeron y apporte l’objectivité du droit. « On a dit à tord que la religion est privatisée, or la loi de 1905 ne fait pas de la religion une affaire privée et domestique. Jamais la loi ne dit que la religion doit rester boucler dans des locaux fermés, elle peut s’exprimer sur la place publique » insiste ce professeur à l’IEP d’Aix. « C’est une fausse interprétation de la loi que de dire que c’est une affaire familiale et intime. Que la religion s’exprime dans la rue c’est la base même de la liberté. La loi de 1905 libère, au contraire, les religions alors tenues en laisse par l’Etat. Aujourd’hui, toutes les religions sont libres » surenchérit-il.
Mais y a-t-il des limites à cette liberté ? « Toute revendication religieuse peut rencontrer des limites. La limite est moralement légitime mais elle ne l’est pas juridiquement » poursuit Pierre Langeron qui donne en exemple la liberté d’expression : « on peut dire n’importe quoi sur n’importe qui », la limite sera donc morale. Et d’ajouter : « la liberté est totale dans les limites de l’ordre public établit par la loi. En droit, il n y a pas de liberté sans limite. ».
Des pistes de travail pour pallier aux difficultés rencontrées par le personnel dans les centres sociaux
Shanti Kaiser le lance comme un avertissement : « si on laisse les choses sans réponse, si on n’apporte pas une définition claire à la laïcité, on va se retrouver dans des situations qui peuvent dégénérer dans un centre social. » Cette dernière insiste sur l’impérative nécessité de construire une définition aux déclinaisons communes aux centres sociaux. « La charte actuelle de l’Union des Centres Sociaux ne suffit absolument pas à comprendre ce qu’est la laïcité et du coup, ses conséquences et ses impacts dans la gestion d’un centre social. Il faut donner une base commune aux personnels. Une définition claire, précise, réfléchie à l’échelle du centre social » résume-t-elle. Car la moitié des personnes sondées estiment avoir un besoin d’informations sur ce concept car un bon nombre de professionnels sont incapables de répondre à des questions concrètes. Un guide pratique devrait être distribué aux professionnels afin de faciliter les prises de décision et d’avoir des réponses à donner aux diverses situations auxquelles ils sont confrontés, notamment dans la gestion des pratiques et du pluralisme religieux. « Une position claire pourrait faciliter le travail » et permettre de répondre à un des objectifs des centres sociaux : le vivre ensemble.
Shanti Kaiser a également pointé du doigt le traitement médiatique fait autour de cette question qu’il « faut amener le plus loin possible de la mise en scène médiatique. Evoquer ce concept de laïcité devient de plus en plus difficile. Lors des débats, les prises de paroles ne sont pas basées sur des études, ce qui accentue les émotions » et donc une impossibilité de débattre sereinement.
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