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On se promène dans les musées, on regarde les monuments, on sait qu’il y a là quelque chose à voir avec une identité commune, fertile et partagée. Mettons qu’on acquiesce et pourtant, à tendre l’oreille on sent qu’il reste comme un malaise qui dit que toutes les richesses ne sont pas données à voir et que visiblement nous n’avons pas tous en mémoire les mêmes ruines. Le patrimoine aurait pris du retard dans sa fonction de lien social.
Dans ce contexte, qui presse de colloque en colloque tous les théoriciens du patrimoine depuis Malraux, Déco Cité détonne et apporte des réponses, aisément et avec justesse. « Mon intérêt pour le patrimoine, c’est une manière de refuser l’assignation à résidence ». Et si l’on considère avec ces mêmes théoriciens que le patrimoine c’est la recherche des origines, alors tout prédestinait Raïb Setita à se lancer dans cette voie, « raïb » en français c’est « l’étranger », d’origines algériennes ses parents l’ont appelé ainsi car il est le premier de la fratrie à être né à l’étranger, ajoutons à cela qu’ayant grandi dans les cités du 15/16 il est un fin connaisseur du « patrimoine suburbain », quant à sa façon de faire du lien, elle est une noble révérence à son père qui travaillait … dans une cimenterie.
Ainsi, pendant dix-sept ans, parallèlement à son implication dans les centres sociaux en tant qu’animateur, Raïb Setita se forme aux techniques de décoration. Rapidement il anime des ateliers pour initier à leur tour le public des centres sociaux dans lesquels il intervient. N’hésitant pas dans le même temps à prendre allégrement tous les contre-pieds : « Pour beaucoup de personne quand on dit pauvre, on pense à laid, et quand on dit handicapé, on pense à travail mal fait, moi en l’occurrence j’aimais le beau et je travaillais avec des handicapés et depuis tous les jours je démontre que les préjugés flanchent forcement ».
Quand aux motivations de Setita l’embellisseur et passeur de savoirs, elles sont elles aussi éminemment patrimoniales, « je donne comme j’ai reçu, il s’avère que pendant 51 ans, j’ai énormément reçu, maintenant j’ai envie de transmettre ». C’est à cette fin, que suite à un atelier qu’il a animé dans les quartiers sud de Marseille, l’idée de créer Déco Cité a émergée. Fondée il y a huit mois maintenant, l’association a déjà séduit de nombreux partenaires et fait beaucoup parler d’elle. Actuellement, Raïb Settita propose des formations aux techniques de décoration et prépare notamment, dans le cadre des journées du patrimoine, un atelier sur les terres colorantes à destination des adolescents et une exposition intitulée « Terres sans frontière » qui aura lieu dans le même temps à la bibliothèque Saint André.
Pour plus d’informations : decocité@gmail.com
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