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« Allons, la vraie poésie est ailleurs. Loin des rimes, des complaintes, des alizés, des perroquets. Bambous, nous décrétons la mort de la littérature doudou. Et zut à l’hibiscus, à la frangipane, aux bougainvilliers. La poésie martiniquaise sera cannibale ou ne sera pas ». C’est ainsi que s’exprime Suzanne Césaire dans ces textes où elle cherche l’identité martiniquaise, en appelant au surréalisme et en révoquant tout ce qui tient du doudouisme, de la pensée bornée, morne, emprisonnante.
Née en 1915, c’est à Paris que Suzanne Roussi poursuit ses classes et rencontre un groupe d’amis, une génération éclatante et décisive, parmi lesquels l’écrivain guyanais Léon Gontran Damas, la comédienne Jenny Alpha, la future députée communiste de Guadeloupe Gerty Archimède, Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire qui l’épousera en 1937.
Daniel Maximin explique qu’Aimé Césaire traverse alors une profonde crise que Suzanne Césaire l’aidera à dépasser en le poussant à retourner en Martinique. Le couple s’installe à Fort de France en 1939, et Aimé Césaire écrit à 26 ans, son bien nommé chef d’œuvre, Cahier d’un retour au pays natal. Tous deux enseignent au lycée et forment suprebticement de jeunes résistants des bataillons antillais de la France libre. En 1941, ils créent avec René Ménil, Aristide Maugée et Lucie Thésée la revue Tropiques. Ils parviennent à passer entre les mailles de la censure vichyste en présentant le journal comme une revue culturelle et littéraire. Quand les censeurs décident d’interdire Tropiques en découvrant qu’il est en autre question de Bergson et de Nietzche, les rédacteurs reçoivent un courrier les accusant d’être « des révolutionnaires, racistes et sectaires ». Courrier auquel Suzanne Césaire répondra superbement en invoquant Racine, Lautréamont, Rimbaud ou encore Hugo. Le couple est animé par la volonté de participer à une internationale antifasciste : « Il n’est plus temps de parasiter le monde […]. C’est de le sauver qu’il s’agit. Il est temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme. Où que nous regardions, l’ombre gagne […]. Pourtant, nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre. ». Sans doute est-ce cette même impulsion qui poussera Frantz Fanon en Algérie.
Les sept textes de Suzanne Césaire parus dans la revue durant cette période témoignent d’un engagement politique et poétique sans faille et qui dit la nécessité du combat pour la dignité, pour le dévoilement de son identité. Dans un de ces derniers textes, selon Daniel Maximin, c’est la décolonisation et la naissance de tiers-monde qui est annoncée, à ce texte fera écho « Prophétie » d’Aimé Césaire qui tout le long de leur relation, semble davantage s’être adressé à une partenaire qu’il n’a contemplé une muse.
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