Algérie 8 mai – Le massacre de Sétif encore palpable

L’Algérie présente aujourd’hui au monde un visage fermé et méfiant. Bien que son État révolutionnaire ait survécu aux ruptures tumultueuses de la fin du vingtième siècle, il est en proie à des conflits frontaliers, à des insurrections islamistes et, plus récemment, à de vastes manifestations de jeunes. Cependant, l’héritage du peuple algérien et de son État libérateur est aussi dynamique, internationaliste et courageux que n’importe quel autre dans le monde – l’égal fier d’un Cuba ou d’un Vietnam dans l’héroïsme révolutionnaire.

Il y a un siècle, l’Algérie se trouvait au cœur de l’empire français, aussi centrale pour le projet impérial français que l’Inde l’était pour les Britanniques. L’Algérie était en partie colonisée par des colons blancs, qui la considéraient comme leur patrie et ne se voyaient pas comme une caste d’administrateurs impériaux. La France a maintenu une fiction juridique selon laquelle l’Algérie faisait partie intégrante de la nation, tout comme n’importe quelle autre province nationale, séparée du continent par la Méditerranée comme Paris était séparé par la Seine.

La grande majorité de la population arabe jouissait d’un statut de second ordre, celui de sujet et non de citoyen. Bien qu’une infime minorité ait été autorisée à “évoluer” vers une citoyenneté française à part entière en renonçant à la culture arabe, en particulier à leur foi musulmane, la majorité d’entre eux ne présentait aucun intérêt pour les colons français. Ils sont donc maintenus dans la plus grande ségrégation possible et ne sont pas vus ou entendus au-delà de leur utilité en tant que domestiques, ouvriers agricoles ou chair à canon en temps de guerre. Même la classe ouvrière industrielle de l’Algérie française était composée en grande majorité de colons blancs, ce qui permettait au vigoureux mouvement ouvrier français de rester éloigné de la misère économique qui frappait la population musulmane majoritaire.

Les débuts du nationalisme

Les Algériens avaient mené une lutte longue et acharnée contre la colonisation à ses débuts dans les années 1830, mais à la fin du XIXe siècle, toutes les traces de cette résistance avaient été anéanties. Cependant, comme dans d’autres régions des anciens empires, l’expérience du service dans les armées impériales pendant la Première et la Deuxième Guerre mondiale, ainsi que la migration vers et depuis les centres industrialisés, ont exposé les Algériens à de nouvelles perspectives idéologiques. Le libéralisme wilsonien, le socialisme soviétique et les courants réformistes de l’Islam se sont combinés pour donner une nouvelle conscience nationale à l’Algérie.

Dans les années 1920, les courants libéraux de la politique algérienne ont répondu aux déclarations anticoloniales de Woodrow Wilson et ont commencé à plaider en faveur de l’égalité des citoyens et d’une autonomie limitée. Cependant, ils se sont rapidement retrouvés frustrés et persécutés, ne trouvant pas dans les États-Unis l’allié qu’ils espéraient. L’autodétermination “wilsonienne” n’était destinée qu’aux peuples blancs d’Europe. La résistance à la participation des musulmans à la vie démocratique était particulièrement forte chez les colons, qui n’avaient aucune intention de permettre aux indigènes conquis de coexister sur un pied d’égalité.

isère - Des Isérois témoignent à travers leurs parents ou grands-parents  des répressions sanglantes. Massacre de Sétif, Guelma et Kherrata : l'autre  8 mai 1945Les Algériens avaient mené une lutte longue et acharnée contre la colonisation à ses débuts, dans les années 1830, mais à la fin du XIXe siècle, toute trace de cette résistance avait été anéantie.

Le 8 mai 1945, jour de la Victoire en Europe, une manifestation de masse éclate dans la ville de Sétif. La France étant désormais libérée, on s’attend à ce que la réforme coloniale suive. Les colons qui, pendant la guerre, s’étaient résolument rangés du côté des fascistes de Vichy, renforcèrent leur résistance à toute forme de réforme, et la manifestation fut accueillie par des récriminations immédiates et brutales. Les soldats tirent sans discernement sur la foule, ce qui déclenche des émeutes et entraîne cinq jours de répression intense, y compris le bombardement aérien des villages voisins et l’organisation de pogroms de ratonnades dans les villages musulmans locaux, faisant jusqu’à trente mille morts.

Le massacre de Sétif a provoqué une onde de choc dans tout le pays, radicalisant le mouvement indépendantiste libéral. Une nouvelle génération de leaders indépendantistes émerge bientôt des rangs des soldats musulmans démobilisés de l’Armée française libre, dont beaucoup avaient servi la France avec distinction et n’avaient aucune intention de retourner à une vie de soumission violente sur leur propre terre.

Un long déni français

Pour les 70 ans des massacres de Sétif, LE 8 mai 2015 le secrétaire d’Etat français chargé des Anciens combattants, Jean-Marc Todeschini s’était rendu sur place pour rendre officiellement hommage aux victimes.

Marseille aurait pu garder son côté précurseur puisque c’est le 20 juillet 2014, sous l’impulsion de l’Espace Franco Algérien, que cette plaque fut apposée. Une histoire qui aurait pu permettre de réunir Marseille la républicaine vu que c’est sous la gouvernance du socialiste Patrick Mennucci que l’apposition de la plaque fut votée et que ce fut la toute nouvelle Maire L.R. – Sabine Bernasconi – qui l’avait inaugurée. Mais c’était sans compter sur la haine tenace de certains…

Ce résumé fait, nous passons à l’interview d’Hassan Guenfici, président de l’Espace :

Comment vont se dérouler les commémoration des massacres de “l’autre 8 mai 1945” cette année sur Marseille ?

Cette année est une année particulière parce que la commémoration à lieu dans l’entre-deux-tours des élections présidentielles qui a vu accéder au second tour une extrême droite nostalgique de l’Algérie française et plus largement de la colonisation, face à un candidat qui a en Algérie justement, qualifié la colonisation de crime contre l’humanité. Cela pour vous dire que la question coloniale reste extrêmement sensible nous en avons conscience néanmoins cela ne doit pas nous conduire au déni en refusant de regarder en face la responsabilité de la France dans un certains nombre de crimes coloniaux.

C’est en ce sens que nous nous réunirons le 6 mai place Léon Blum à 10h00 pour commémorer les massacres de Sétif Guelma et Kherrata. Notre cher monsieur Messaoud Harrat* qui était pour nous une mémoire vivante de ces événements nous a malheureusement quitté l’année dernière, néanmoins nous avons la chance d’avoir une personne qui pourra témoigner sur la tragédie du 8 mai 45. Suite à ce témoignage un discours sera prononcé et enfin le traditionnel dépôt de gerbe suivra la minute de silence à la mémoire des nombreuses victimes de ses massacres. Une cérémonie somme toute traditionnel mais qui a le mérite d’exister et d’être pérenne.

Pensez-vous finir par faire en sorte que les autorités ré-apposent la plaque et finissent par par vous rendre justice ?

Notre détermination et sans faille, nous obtiendrons gain de cause que ce soit en 2017 ou en 2027 même si nous espérons que cela se fera avant. Mais au bout du compte nous y arriverons, la Mémoire des luttes anticoloniales est aussi une mémoire française et le jour viendra où je vous annoncerai que c’est le maire de Marseille en personne qui viendra inaugurer la plaque commémorant les massacres de Sétif Guelma et Kherrata ! Pour cela il faut que le public continuent à soutenir cette cause juste et venir nombreux, sans le rôle du public et de justes élus nous n’aurions pu rien faire. Une nouvelle avocate Maître Djouhra Hamchache se démène sur le front judiciaire et de nouveaux membres sont venus renforcer les historiques de l’Espace.

De ce fait, nous sommes optimistes.